Hier, j’écrivais un article sur l’ordre du festif théorisé par Philippe Muray. Aujourd’hui, j’apprends avec stupeur qu’un rescapé des camps d’extermination a diffusé sur Internet une vidéo le montrant danser avec sa famille sur l’air d’«I will survive» devant plusieurs lieux symboliques du génocide.
« Dans cette vidéo, les danseurs se déhanchent devant les rails menant au camp d’Auschwitz ou encore devant son entrée marquée de la fameuse inscription «Arbeit macht frei». Les images ont été tournées par Jane Korman, la fille d’Adolek Kohn, une artiste qui a eu l’idée de cette vidéo. » Figaro.fr
Je ne peux m’empêcher, à quelques heures d’intervalles, de citer à nouveau Muray : » Ma thèse est que tout, absolument tout ce qui faisait peur depuis toujours est désormais célébré comme un bienfait. » . C’est ainsi que nous voyons ce grand père-rescapé danser avec un t-shirt SURVIVOR devant un … four crématoire.
Nous avions déjà analysé avec effarement la fête d’ Halloween, mais là, cela dépasse tout entendement.
Désormais, tout se danse, tout se chante, tout se grimpe avec des rollers. Le festivus festivus est la résultante de la dictature de l’ordre festif, si bien qu’il met désormais à l’abattoir les derniers homo sapiens restants sur terre, quitte à sacrifier sa propre famille.
L’idée ? Une idée de sa fille, soit disante artiste. Il est beau l’art contemporain… Voila pourquoi je le déteste tant. Désormais, chers amis, la mort se fête. Car si l’idée infantile de cette vidéo est de fêter la vie, elle fête en réalité une vie, en éclipsant les morts. Terrible paradoxe. Nous ne sommes pas loin de voir les fours crématoires remplis de Smarties, Mika faire un concert sur les rails, ou bien Endemol se servir d’Auschwitz pour la future maison des secrets de Secret Story 5…
Le festivus festivus est un grand névrosé qui me rend malade.
Par deux fois ces derniers mois, je me suis rendu au théâtre de l’Atelier, afin d’écouter attentivement la lecture faîte par Fabrice Luchini des textes de Philippe Muray, philosophe redoutable qui a théorisé la naissance de l’ Homo Festivus, puis du festivus festivus, dans l’époque tragique de la Post-Histoire. L’Homo sapiens disparaît au profit de l’ Homo festivus, puis L’homo festivus cède sa place au festivus festivus, allusion au sapiens sapiens d’autrefois. Désormais l’humain fête qu’il fête.
Muray dénonce Paris Plage, la fête de la musique, le sourire de Ségolène Royal. Il assassine les bobos, trucide les féministes, et gifle la gauche bien-pensante. « Ma thèse, dit Muray, est que tout, absolument tout ce qui faisait peur depuis toujours est désormais célébré comme un bienfait. » Bref, ces ouvrages sont un véritable régal intellectuel, une bouffée d’air frais dans la dictature du bien ambiante.
J’étais ainsi très curieux d’assister à la lecture faîte par Fabrice Luchini. A vrai dire, Luchini a un sens incroyable du spectacle, et lire Muray, c’est un défi.
Défi relevé ! Salle comble, public plutôt avertit, des cerveaux fonctionnent, le théâtre rit, et Luchini s’en sort par une ovation. Car ce cher Fabrice a le sens du spectacle. En réalité, il est parvenu a faire de cette lecture de Muray une … fête ! Nous savons qui est Luchini, nous connaissons son sens du théâtre, ses envolées, ses grands mots, ses tirades infinies … Dans l’hyper-festivisme ambiant qui a sonné la fin de l’ Histoire, et désormais le remplacement de l’ Homo Festivus par le Festivus Festivus, la dernière exception du rouleau compresseur festiviste semble céder : la lecture.
Désormais, le festivus festivus rit de sa propre condition. Non, il ne pleure pas, il rit. Il tape des mains, tape des pieds, et regarde avec complicité son voisin hilare. En d’autres mots, le festivus festivus fête sa tragique réalité par cette lecture de Muray. Il y a la un paradoxe, seulement cette célébration festiviste a le grand mérite de remettre en marche quelques neurones, et parvient à faire découvrir a un plus grand nombre les oeuvres de Philippe Muray : une renaissance intellectuelle.
Vivement du Muray au programme du Bac, et vivement des Luchini comme professeurs !
Je souhaiterais rebondir une nouvelle fois sur ce phénomène de » gavage informatif » par une citation bien actuelle, classée à tord dans une rubrique » faits divers « .
« Avec les iPod, les iPad, les Xbox et PlayStation, -- dont j’ignore comment chacun d’eux fonctionne -- l’information devient une distraction, une diversion, une forme d’amusement plutôt qu’un outil d’épanouissement ou un moyen d’émancipation« , a déclaré le président américain il y a quelques semaines lors d’un discours sur l’importance de l’éducation.
Par ces propos, il me semble que Barack Obama frôle une part de vérité. Cependant, je reste nuancé dans mes éloges, et vais donc éviter toute envolée lyrique. Car si Barack Obama soulève cet enjeu de société, le gavage informatif, il le soulève par une notion d’abrutissement. C’est un point, mais il n’est pas suffisant. Je remplacerais le terme » diversion » par le mot » perversion « . L’homme ne se divertit pas, il nourrit sa perversion.
Bien sur, les blogosphères et les sites spécialisés en information parlent « d’une déclaration de guerre à la nouvelle technologie ». On arrive enfin dans le vif du sujet : Le processus d’hyper-information des individus est un domaine intouchable, totalement tabou et très bien gardé par de puissants lobbies, de puissantes entreprises, aux idées bien salasses et aux porte-feuilles bien remplis. Mais pire encore, une simple réflexion sur ce modèle de société ( l’hyper-info, l’hyper-com ) apparaît à la vue de beaucoup comme un outrage. Je ne parle pas seulement de la vision des grands groupes, mais carrément de celle du peuple lui même. Parce que les puissants n’ont même plus de mal à se donner. Pourquoi ? Le message est déjà passé. Autrement dit, il a été intériorisé, ingurgité même.
Car derrière cela, ils ont une défense très bien rodée, rabâchée encore et encore, à des milliers de reprises : » Nous le faisons au nom de la démocratie : diffuser l’information fait partie intégrante de notre devoir de citoyen, nous le faisons pour eux, et avec eux « . Par ces propos, il y a de quoi dégobiller durant un siècle. Alors oui, le processus de démocratisation va de pair avec celui de l’information, mais pas cette information-ci ! Que l’on demande dans la rue, une veille d’ élection municipale, le programme ou le bilan d’un maire sortant, vous allez l’avoir votre information » démocratique « …
Désormais, le mot » démocratie » est associé à tout. Foutez-lui donc la paix deux minutes ! Bientôt sur vos téléviseurs des émissions de » cuisine démocrate « , de » fitness démocrate « , et pourquoi pas un « 30 millions d’amis démocrate « . On le piétine, on l’égorge, on fait désormais de l’argent sur son dos. Pourquoi pas un » mouvement démocrate « ?
Ah zut, il existe déjà celui-ci. La machine est en marche …
Aux I-Pad citoyens, formez vos groupes Facebook, informons, informons, qu’un cerveau impure nourrisse nos disque durs !
Je tenais à vous faire partager mon étonnement par l’importance d’une “actualité”, relayée de toute part avec gaieté et précipitation juvénile par la superpuissance médiatique : “Portable : le 06 c’est fini, place au 07 !“
“Les stocks de numéros commençant par « 06″, réservés à la téléphonie mobile, sont épuisés. Du coup, les numéros en « 07″ vont prendre la relève nous a-t-on assené ce week-end et en ce début de semaine.
Cet intérêt populo-médiatique révèle le vrai visage de notre société. Pour se remettre dans le contexte, nous parlons bien d’un indice de numéro de téléphone, c’est a dire d’un indice d’identification d’un terminal au sein d’un réseau téléphonique. Il s’agit à première vue d’une évolution technique, purement mathématique. Mais celle-ci est présentée comme un véritable fait de société, une évolution quasi-sociologique qui aurait la capacité d’intéresser personnellement les individus, qui aurait donc un quelconque impact sur leurs modes de vie.
Cette identification du terminal téléphonique dépasse bien le seuil du seul réseau de l’objet de plastique, de métal et d’ aluminium. L’individu a intériorisé cette technologie comme une partie de lui-même, et pire encore, il l’aime, il lui manque, il lui fait sa toilette parfois avec de petites lingettes ! Le soir il lui donne sa gamelle en le branchant ! Le matin il le réveille… Mais non, que dis-je, il se fait réveiller par le portable en personne, de sa voix douce et tendre si bien marquée par son hurlement strident !
Allons encore plus loin : Pourquoi l’Homme adore-t-il le téléphone portable ? Et pourquoi tient donc il tant, en l’espèce, à être informé de ce changement d’indice ?
Car cet objet a un pouvoir ! Celui de le relier au monde de l’hyper-com’ et de l’hyper-info. Bref, le monde de “oui-oui” version Jean-Jacques Bourdin. Un univers tout autre, qui ouvre de nouveaux horizons vers de nouvelles relations ! Vous pensez peut-être que je suis le roi de l’hyperbole, mais jugez vous-même ce titre d’article de presse : “Le 06 fait de la place au 07 sur la planète des mobiles”. Le pire c’est que cet article a raison sans le vouloir pour autant. Le portable est devenu une clef magique. Pas étonnant que les enfants troquent leurs DVD de Peter-Pan pour se procurer ces nouveaux joujoux.
Dès lors, je ne peux m’empêcher de céder à ce désir, hardant, de conclure mon raisonnement, en rappelant sobrement la définition du fétichisme, c’est a dire “l’adoration d’objets censés être dotés d’un pouvoir.”
Nous avions déjà compris depuis longtemps que l’ère dans laquelle nous vivons ressemblait plus à un signe annonciateur de fin de civilisation que d’espoir délirant de prospérité. Et il y a des signes qui ne trompent pas. En voici un exemple bien révélateur, une déclaration de notre ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, à propos de cette polémique délirante du port du voile intégrale : « J’ai compris, pour la dignité de la femme qu’il fallait une loi« .
J’imagine avec cette phrase un Philippe Muray sortant d’outre-tombe et qui en se levant, hurlerait d’une voix grave : “Il faut combler le vide juridique ! Il faut combler le vide juridique ! “
Désormais, pour soigner la dignité humaine comme on a soigné cet arrêt sur le lancer de nain, et ainsi soigné la dignité de la femme comme on a soigné la personne de Simone Veil, il nous faut une bonne piqûre de pénal. Donnez moi du texte ! Fouettez moi avec le Code Civil nouvelle édition !
La dignité humaine ne tient qu’a un fil, vous savez, le fil rouge des codes qui sert de marque page !
Mesdames, mesdemoiselles, je sens pour vous comme un air de liberté qui va bientôt éclairer l’univers, nous sommes en bonne voie pour vous sauver et vous accorder la rédemption, cet été, nous allons faire une loi !
Cette envie délirante de pénal est paralysante. Il s’agit de la nouvelle mère de notre société, celle à qui l’on demande tout, celle qui nous rassure, celle qui nous protège par ces mots doux, celle qui nous berce et qui nous donne le sein. Les codes sont désormais les nouvelles mamelles de la France, des mamelles transgéniques qui se reproduisent entre elles, et cette loi en sera une des gorgées de lait. L’infantilisation des individus n’en finira jamais de grandir. L’Homme que l’on plaçait auparavant au centre du monde, puis au centre de notre galaxie, puis au centre de la Terre, puis au coeur de la société, est désormais à la périphérie de grosses mamelles dont une seule tétée lui fait l’effet d’un rail de coke.
A l’heure de l’hyper-information, de l’hyper-communication et de l’hyper-émotion, j’ai décidé quasi-paradoxalement de m’engouffrer dedans en ouvrant ce blog.
L’Homme est aujourd’hui goinfré comme une oie de ce que l’on appelle simplement l’actualité. A tel point que chaque actualité n’est plus actuelle, que chaque information désinforme, que chaque désinformation informe les désinformés, et que chaque mode est déjà « hasbeen ».
Mais l’explication est simple, l’Homme est masochiste. Il aime se faire mal, ingurgiter comme un camé des centaines de fils AFP pour se sentir remplis à rabord, puis se précipiter sur une chaise de bistrot ou sur les nouveaux programmes audiovisuels se revendiquant » proches des gens « , pour y vomir ses dîtes connaissances comme un anorexique.
L’Homme est ainsi masochiste. Et le malheur des uns font le bonheur des autres. C’est donc avec un grand bonheur que je vais cliquer toutes les semaines sur ce bouton » publier « , un fouet à la main, en criant :